Conditions de l’apprentissage à Metz vers 1950

Au début des années 1950, à peine sortis de l'école avec pour tout diplôme le certificat d'études, la plupart des jeunes étaient dirigés vers l'apprentissage. Un contrat de trois ans était signé avec le maître d'apprentissage. Le salaire mensuel de la première année était de 1000 anciens francs soit 10 francs nouveaux (10 francs = 1,50 euro) Il faut noter que les 10 francs de l'époque valait plus qu'1,50 euro, mais c'était malgré tout une très petite somme. La deuxième année le salaire était doublé pour tripler la troisième année.

Le jeune travaillait 42 heures par semaine, avait droit à trois semaines de vacances, alors que la durée des vacances n'excédait pas deux semaines pour les autres salariés. Il allait chaque semaine pendant deux jours à l'école. Si par hasard il y avait une ou deux heures sans cours, il repartait travailler pendant ce laps de temps. Son emploi du temps et sa présence à l'école étaient contrôlés par son patron qui signait un carnet de présence ainsi que les notes obtenues.

Les cours comportaient du français, du calcul, de l'hygiène, de la législation, du commerce.

La première année 15 heures étaient consacrées au cours d'hygiène. On y apprenait l'hygiène corporelle et les maladies contagieuses ainsi que l'hygiène professionnelle c'est à dire l'hygiène à l'atelier et les maladies professionnelles.

La deuxième année 15 heures étaient consacrées à la morale et à l'instruction civique. On y apprenait les devoirs des enfants envers leurs parents, le travail et la vie des hommes ainsi que le sentiment patriotique et le dévouement à la patrie.

La troisième année pendant 30 heures étaient apprises et révisées les notions sommaires sur les institutions de la France, les notions de législation professionnelle, l'hygiène et quelques notions sur les maladies vénériennes.

Le CAP comportait une dictée, une rédaction, de la correspondance, du calcul rapide et des problèmes, des notions de commerce, de la géographie. A cela s'ajoutaient des épreuves pratiques relatives au métier appris.

Le CAP obtenu, l'apprenti restait le plus souvent chez le patron qui l'avait formé et recevait un salaire minimum.

Le métier de vendeuse

La plupart des adolescentes étaient dirigées vers le métier de vendeuse.

Devenir apprentie vendeuse c'était commencer par faire toutes les corvées que ne faisaient plus les autres employées.

Le premier jour mettait la jeune fille, encore presque une enfant, en contact non pas avec les clients, mais avec le ménage.

Arrivée dans le magasin, il lui fallait commencer par enfiler un horrible tablier noir qui était la tenue obligatoire d'une vendeuse de l'époque. En période froide le premier travail consistait à nettoyer l'antique fourneau, enlever les cendres et s'assurer que le charbon se consumait normalement.

Ensuite faire la poussière sur tous les comptoirs et toutes les étagères. L'intérieur du magasin propre, il fallait songer à l'extérieur, laver à grande eau les vitrines, brosser le pas de porte, s'assurer que le trottoir était présentable.

Ensuite seulement avait lieu l'approvisionnement des rayons avec des marchandises qui se trouvaient en stock dans une réserve.

Puis les transporteurs livraient des colis qu'il fallait déballer, plier les cartons, les ficeler en gros ballots. Ces cartons étaient emportés sur une antique charrette chez le récupérateur (rue des tanneurs) qui les payaient quelques centimes au bénéfice du magasin.

Le soir venu, l'apprentie passait l'aspirateur sur un plancher inégal. Pour ne pas user l'aspirateur traîneau, une seconde personne devait porter le corps de l'aspirateur afin qu'il ne s'abîme pas en glissant sur le sol !!!

De temps à autre le grand ménage consistait à laver le sol à grande eau. Pour ce travail difficile, qui se faisait après la fermeture du magasin, toutes les employées mettaient la main à la pâte, aidant ainsi l'apprentie qui n'aurait pas réussie seule à terminer un travail aussi fatigant.

Un autre travail ingrat incombait à l'apprentie, celui de nettoyer les wc avec de l'acide chlorhydrique, laquelle étouffait presque dans ce petit réduit sans air situé à l'arrière de la boutique.

Tout ce premier travail effectué, l'apprentie accompagnée d'une vendeuse commençait à s'exercer à la vente. Toujours très polie, elle ne se permettait aucune réflexion, acceptait toutes les remarques qu'elles viennent de la cliente, de la vendeuse ou de son patron.

A l'époque il fallait qu'une cliente achète un objet, surtout ne pas la laisser ressortir du magasin sans rien avoir acheté.

Au début des années 1950 la plus petite taille adulte était le 42 pour aller jusqu'au 48. Après le 48 les tailles 50 ou 52 étaient exceptionnelles. Les tailles en dessous du 42, rarement du 40, n'existaient pas. Avant ces tailles adultes, il n’y avait que les tailles fillettes, c'est à dire qu'avant le 42, on vendait du 16 ans.

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Gil

ORIENTATION PROFESSIONNELLE

De nos jours c'est une des missions essentielles de l'école.

Dans les années 50, apprendre un métier regardait avant tout les enfants et leurs parents. Les enseignants n'étaient pas nécessairement consultés. La grande majorité des enfants n'entrait pas en 6e. On restait à l'école jusqu'à 14 ans, on passait le certificat d'étude, et on accédait directement à la vie active. A chacun de se débrouiller. Poursuivre des études posait de gros problèmes aux familles, surtout dans les communes rurales. Les lycées et collèges n'existaient que dans les villes de quelque importance et il fallait aller en internat. C'était cher, et peu de parents aux conditions modestes étaient prêts à investir pour leurs enfants, dans des études longues dont l'issue leur paraissait incertaine. On préférait entrer en apprentissage chez un artisan ou un commerçant, et accepter la première année les tâches les plus humbles de la profession, mais lorsqu'un patron était satisfait du travail de son apprenti, il n'était pas rare qu'il le garde... Pour ceux qui ne pouvaient pas trouver de patron, il y avait aussi la possibilité d'entrer dans un Centre d'apprentissage et préparer un CAP. L'examen concernait un bon nombre de professions telles que tourneur-fraiseur, ajusteur, carrossier, menuisier... Les choix étaient beaucoup plus limités pour les filles qui allaient souvent vers des formations de sténo-dactylos, ou aide-comptables, ou vendeuses.

Les enfants d'ouvriers ou d'employés devenaient le plus souvent des ouvriers. ou des employés. Certaines firmes avaient d'ailleurs leurs propres écoles, leur permettant de repérer ceux qui pouvaient éventuellement devenir cadres, que l'on élèverait à ce rang et qui, seraient plus tard les fidèles serviteurs de l'entreprise.

Pour les familles aux revenus modestes, il faut souligner l'importance des Cours Complémentaires (CC) dans les communes de moyenne importance.. Annexés à l' école primaire de la bourgade, ils comprenaient 4 classes et permettaient de passer le Brevet d'Etudes du Premier Cycle (BEPC). Le directeur de l'Ecole Primaire était chargé de la gestion administrative des deux structures, et des instituteurs spécialisés assuraient l'encadrement des élèves. Pour nombre de fils ou filles d'ouvriers, employés ou paysans, les CC ont permis, au delà du brevet de se diriger vers des professions de service public: Postes, SNCF, Trésor Public, Enseignement. Dans ce dernier cas il fallait d'abord réussir au concours d'entrée dans une Ecole Normale Primaire mais les 4 années d'études qui suivaient étaient payées par l 'Etat, ce qui délivrait les parents de tout souci d'ordre pécuniaire et assurait l'ascension sociale de leurs enfants

Pour les familles les plus aisées pas de problème Les enfants du Docteur quittaient l'école primaire après le CE2, ou quelquefois plus tôt, pour aller au Lycée dans la ville la plus proche où ils devenaient pensionnaires. Le même sort était réservé aux garçons du dentiste, du pharmacien et du notaire. Pour les filles on préférait souvent une institution religieuse.

Pour les commerçants et artisans pas de problème:non plus : Les enfants reprenaient l'affaire familiale. Le fils d'un charcutier devenait charcutier et la fille d'une mercière devenait mercière. Il y avait toutefois de nombreuses exceptions. Il arrivait que la fille du charcutier poursuive des études et devienne comptable, ou boulangère si elle épousait le fils du boulanger!!

Gil, (ancien élève d'un C.C. et des Ecoles Normales de Privas et de Grenoble)

Gil jeudi, 29 mai 2008 - 15:42

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