Metz en 1870

Metz en 1870Le 10 août 1870 le préfet avait fait afficher le décret de l’état de siège de Metz daté du 7 août 1870.

Metz et environsToutes les maisonnettes des environs de Metz, tous les chantiers avaient été démolis à l’exception de l’abattoir, suite à un arrêté qui en ordonnait la destruction dans les trois jours.

Canons près de MetzLes habitants des environs s’étaient réfugiés à Metz. La ville était encombrée de voitures chargées de mobiliers et de denrées. Les fugitifs dormaient dans les voitures avec leurs chevaux à côté. Les églises étaient remplies de gens à la recherche d’un refuge.

Combats dans la régionLes arbres aux abords de Metz avaient été abattus ainsi que les belles promenades du Ban Saint Martin mais aussi toutes les plantations de Chambière.

A partir du 15 août les blessés arrivaient et recevaient des soins prodigués par les dames de Metz.

AmbulanceDes ambulances avaient été organisées dans les différents bâtiments publics, les écoles, les casernes, etc…L’ambulance installée dans l’île Chambière avait déjà accueilli 2.500 blessés et sur l’esplanade des tentes pouvaient en recevoir autant. Les soins étaient assurés par des médecins civils ou militaires assistés de sœurs, de dames ou d’habitants de la ville.

Wagons ambulances à l'esplanadeA l’ambulance de l’esplanade les blessés étaient couchés sur de la paille et n’avaient qu’une couverture. Une autre ambulance avait été créée au Saulcy avec les tentes de l’administration. La société internationale avait installé des baraques au jardin Fabert pour y soigner un certain nombre de blessés.

Les portes de la ville restaient fermées toute la journée sauf celles des Allemands, Serpenoise, de France et Chambière qui étaient ouvertes de 6 heures à 8 heures du matin et de 5 heures à 7 heures du soir.

Un chemin de fer établi de la gare (ancienne gare) à la rue Serpenoise amenait sur la place royale plus de 200 wagons de marchandises renfermant chacun 8 hamacs pour les blessés. Dans le milieu de la place étaient installées des baraques avec des fourneaux pour assurer le ravitaillement.

Les voitures et attelages qui encombraient les places et les rues avaient été dirigés sur les glacis.

Le 30 août silence autour de la ville, l’ennemi semblait disparu. Début septembre les portes de la ville restaient ouvertes de 5 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir.

Le 17 septembre en prévision d’un éventuel bombardement, les pompiers réunis étaient informés des risques. Ils disposaient des tonneaux remplis d’eau au coin des rues, sur les places et dans la cour des maisons.

La mortalité était importante dans les ambulances, des affections purulentes enlevaient les blessés et la dysenterie décimait les malades. Des voitures allaient chaque jour relever les cadavres dépouillés de tout vêtement pour les conduire dans une grande fosse commune derrière le cimetière Chambière. Les militaires convalescents étaient évacués dans des dépôts établis au bastion Chambière, près de l’arsenal, au Pâté ou ailleurs où ils couchaient sous des tentes.

A la mi-octobre avait commencé la distribution du pain dit de Boulange, 400 grs pour les adultes, 200 grs pour les enfants de 12 à 14 ans et 100 grs pour les plus jeunes, vendu par les boulangers au prix est de 45 centimes le kilo. (pain de Boulange = pain noir, rouge, massif renfermant toutes sortes de choses excepté de la farine) Bien des estomacs y étaient rebelles mais la population s’en contentait parce que la défense de la place en avait fait un devoir.

Un drapeau tricolore avait été placé entre les mains de la statue de Fabert et une couronne d’immortelles déposée sur sa tête.

Tous les jours de nombreux militaires valides ou blessés et des habitants de la ville allaient prier devant la Vierge de la cathédrale.

A Metz l’armée avait faim. Des soldats pénétraient dans les maisons pour réclamer un morceau de pain.

Le 24 octobre la ration de pain avait été réduite à 200 grs, pour passer à 100 grs le lendemain. Le gaz était supprimé chez les marchands afin de le réserver pour l’éclairage des rues en cas de nécessité.

Depuis quelques jours la garde nationale avait cessé ses exercices sur les places de la ville. Le milieu de la place de la comédie était occupé par les voitures du génie, les chevaux qui se trouvaient au centre avaient disparu.

Les hommes campaient sous des tentes et sous le péristyle du théâtre. Au jardin d’amour se trouvait un campement de soldats du génie avec leurs voitures.

Les arbres qui longeaient l’écluse avaient perdu leur écorce à la suite du campement des chevaux qui avaient maintenant disparus.

Les hommes de corps campaient sur la place de la préfecture. Le jardin Fabert était occupé par une ambulance internationale avec tous ses équipages, ses voitures, son matériel, ses tentes et ses baraques. La serre renfermait environ 150 blessés.

Les 26 et 27 octobre des soldats étaient tombés d’inanition dans les rues de Metz. Ils mangeaient de la viande de cheval toute crue parce qu’ils n’avaient plus de combustibles pour la faire cuire.

traité de paixA l’annonce de la capitulation le 28 octobre, à part quelques énergumènes la foule était restée calme. Metz allait ouvrir ses portes aux prussiens.

La ville avait été tout à coup mise en émoi à 5 heures de l’après-midi par le son du tocsin de la Mutte. Toute cette rumeur était causée par plusieurs officiers de l’armée qui venaient de faire un appel aux armes. Quelques jeunes gens envahissaient la place d’armes, enfonçant la porte du clocher et montant au clocher de Mutte, qu’ils mettaient en branle pendant que d’autres hurlaient la Marseillaise.

La brigade brule ses drapeauxUne foule de 300 jeunes gens dirigés par les officiers se portaient sur l’arsenal dont ils enfonçaient la porte et pillaient le magasin d’armes. Ils allaient ensuite sur les remparts où ils tiraient en l’air des coups de fusils et blessaient de malheureux militaires convalescents du dépôt du Pâté.

Le tocsin avait sonné jusqu’à 8 heures du soir mais malgré l’appel fait au désordre, la population était restée calme. Un bataillon de la garde protégeait la Princerie et un bataillon de ligne gardait l’hôtel de ville.

Un régiment déchire son drapeauAprès une nuit calme et malgré les exactions de la veille, les excités étaient rentrés chez eux et avaient eu la prudence de se défaire des armes qu’ils avaient prises à l’arsenal. Le matin restaient dans plusieurs rues des fusils, des sabres, dont il fallait se débarrasser à l’approche de l’ennemi.

Les statues de Fabert et de Ney avaient été recouvertes d’immenses crêpes noirs. La foule lisait le texte de la capitulation affiché dès le matin sur les murs.

Convoi de prisonniers près de MetzDès 8 heures du matin les malheureux soldats affamés et épuisés, le sac sur le dos et sans arme, précédés de quelques officiers traversaient la ville. Ils étaient remis aux états-majors prussiens qui stationnaient à la hauteur du cimetière de l’est. Les officiers faisaient la remise de leurs soldats et revenaient en ville comme prisonniers de guerre.

Un régiment de ligne qui depuis le commencement du blocus campait au marché couvert, était resté avec un bataillon de grenadiers pour assurer le maintien de l’ordre.

Arrivée à Metz Les officiers des différents services s’étaient réunis à l’état-major pour assister à la remise de la porte Mazelle qui devait avoir lieu à midi. Deux régiments prussiens en éclaireurs étaient arrivés à la porte dont ils occupaient militairement les abords, pendant que le génie faisait une reconnaissance sur les remparts environnants.

Les magasins de la ville étaient restés fermés.

Entrée à MetzA 4 heures du soir les allemands avançaient musique en tête, avec un plan de la ville pour se guider. La population était calme et silencieuse, les patriotes de la veille avaient disparus.

A l’arrivée des troupes prussiennes les soldats restés sous les armes disparaissaient aussitôt. Le bataillon de la garde se retirait sous le péristyle de l’hôtel de ville où les soldats brisaient leurs armes de douleur et de rage.

Pendant toute la soirée il était arrivé des troupes qui s’installaient à l’hôtel de ville, au palais de justice, au théâtre, à la bibliothèque, à l’école normale et dans les maisons particulières du centre ville où ils pénétraient par groupe de 20, 30, 40 ou 50 hommes.

Le marché aux légumes était transformé en écuries pour les chevaux de l’armée.

Tous les officiers de l’armée française ne pouvant rester dans les camps qui avaient été levés, se trouvaient également en ville avec leur ordonnance, et se logeaient comme ils pouvaient dans les auberges et les maisons.

Le 30 octobre les rues étaient encombrées de campagnards qui retournaient chez eux, d’étrangers et surtout d’allemands qui arrivaient, d’officiers et soldats français qui faisaient leurs préparatifs de départ.

Les rues étaient sillonnées par des troupes prussiennes qui traversaient la ville, suivies de longs convois de voitures. Leurs troupes occupaient toutes les portes de la ville, de nombreux soldats armés stationnaient aux coins des rues. A midi 30.000 prussiens occupaient la ville.

L’état-major allemand occupait un hôtel de Metz et annonçait aux habitants qu’il transformerait en caserne toute maison où l’on commettrait des actes d’hostilités contre l’armée. Le rassemblement de plus de 10 personnes était défendu et les fenêtres devaient être éclairées pendant la nuit en cas d’alarme.

La place d’armes et d’autres places étaient couvertes de marchands allemands qui débitaient du beurre frais, des pommes de terre, du sel, du sucre, de la bière, de l’eau de vie et du fromage. Les boulangeries avait rouvert et vendaient à nouveau du pain blanc. Des campagnards arrivaient des environs avec des provisions, croyant qu’une famine atroce décimait la population messine.

Le 31 octobre la voie ferrée avait été rétablie et les fils du télégraphe rattachés lui permettaient de fonctionner à nouveau.

A la préfecture et à la police les employés étaient restés. Au chemin de fer une administration allemande dirigeait le service dans lequel se trouvaient quelques employés de l’ancienne administration.

Le bureau de bienfaisance avait reçu de l’administration allemande des dons de viande, de farine, du sel, des pommes de terre pour les indigents.

Le dépôt de toutes les armes avait été ordonné avant 4 heures du soir et le départ des officiers avait commencé.

Le 1er novembre les messins étaient restés chez eux, leur maison étant occupée par des militaires. Les cimetières étaient déserts et la route conduisant au cimetière de l’est offrait un spectacle de désolation : les habitations en ruines, les forts hérissés de canons et sur les glacis les campements abandonnés où gisaient dans la boue des armes, des sabres, provenant du désarmement des soldats, des huttes en terre à moitié détruites mais aussi des cadavres de chevaux.

Les routes défoncées et boueuses étaient sillonnées par des convois prussiens. Plus loin se trouvaient les voitures abandonnées d’un train de l’armée.

Le Ban Saint Martin était plein de cadavre de chevaux. Certains fossés étaient remplis d’armes, de sabres, de cartouches, les soldats les ayant jetés pour les soustraire à l’ennemi.

Le 2 novembre les officiers étant partis il ne restait plus à Metz que les blessés et les convalescents.

Des convois de voitures ramenaient des militaires français malades. Placés dans des campements prussiens après leur reddition, ils étaient restés exposés aux intempéries et presque sans nourriture. Il en était résulté beaucoup de décès et de maladies.

Les premiers jours de novembre la ville était occupée par les marchands allemands, les officiers et les soldats.

La municipalité s’étant réfugiée avec ses bureaux dans les écoles, les prussiens avaient transformé l’hôtel de ville en écurie que le général leur avait fait évacuer.

Le directeur de la police avait ordonné la fermeture des cafés à 10 heures du soir.

Le polygone de Chambière était complètement couvert par les voitures de l’armée.

A la fin d’octobre il y avait encore à Metz des blessés et des malades mais leur nombre avait diminué par suite de l’envoi des convalescents en Prusse.

L’armée prussienne avait remis au bureau de bienfaisance 4.000 livres de pains et deux wagons de pommes de terre.

La police prussienne avait pris des mesures pour évacuer les voitures qui encombraient les rues et fait nettoyer les rues et les places dont l’état de malpropreté était extrême. Il y avait également des cadavres de chevaux dans la rue du coffre millet et sur la place des maréchaux.

A partir de mi-novembre le drapeau de la confédération flottait sur la préfecture. La porte Serpenoise et les forts étaient surmontés d’un grand étendard blanc.

Les troupes qui occupaient Metz n’entraient pas dans les casernes en raison des malades qui y avaient séjournés. Des casernements avaient été créés au Cambout, à Saint Clément, aux Clervaux, à la maison du Bon Pasteur, à la maison de l’abbé Michaux et dans les écoles pour recevoir 7.000 hommes.

Toutes les voitures de la ville avaient été réquisitionnées.

A la fin du mois le génie prussien avait réclamé des entrepreneurs, des ouvriers et des fournisseurs de matériaux pour continuer la construction des forts.

L’esplanade qui était pleine de paille pourrie avait été nettoyée et enlevées les tentes qui abritaient les blessés.

Les marronniers du Ban saint Martin et les autres arbres avaient été débités en bois de chauffage.

Il y avait encore 7.000 blessés français dans les ambulances. Des femmes étaient venues de Belgique et d’Angleterre avec un matériel considérable pour les soigner. Des médecins étrangers avaient accompagné des ambulances avec quantités d’approvisionnements. Une ambulance hollandaise soignait de nombreux blessés à la salle Fabert.

Début décembre dans les casernes des militaires de passage avaient tout brisé et fait du feu avec les portes et les volets. Le théâtre avait été saccagé, les banquettes et les décors brûlés. Au palais de justice des dégradations dans les grandes salles où les belles tapisseries, les tentures, les fauteuils avaient été brûlés ou déchirés.

La ville avait été obligée d’acheter du mobilier pour meubler la Princerie, l’école d’application et plusieurs autres bâtiments où logeaient les officiers supérieurs.

Les écuries manquaient et les soldats avaient introduit les chevaux dans les salles de l’école israélite.

En raison de la peste bovine l’abattoir avait été fermé et des mesures sanitaires prises.

Des bateaux apportaient des denrées pour l’armée installée au port Chambière et transportaient en Allemagne le matériel de guerre français qui couvrait tout le polygone Chambière.

Les écoles de Metz étant occupées par des soldats les enfants n’allaient pas en classe.

Des baraquements avaient été construits en février 1871 devant l’ancienne gare et des cuisines installées pour la préparation des aliments à distribuer aux troupes et prisonniers de passage à Metz. D’autres baraquements installés à la gare de Devant les Ponts recevaient les approvisionnements de l’armée allemande.

L’administration redoutant l’époque des chaleurs avait fait établir en mars par l’armée allemande, des gazonnements sur toutes les sépultures des environs de Metz. De la chaux et du chlore étaient répandus sur les corps. Le Ban Saint Martin, le polygone Chambière et autres terrains militaires avaient été mis en culture pour les assainir.

Le 15 mars l’arrivée du roi de Prusse avait été saluée par 101 coups de canon. Il était arrivé à la gare pavoisée de drapeaux et ornée de guirlandes, mais sans entrer dans la ville. La porte Serpenoise avait été fermée pour empêcher la population d’approcher de la gare.

Le 3 avril un important incendie causé par du pétrole, avait éclaté place du pont Sailly.

L’administration des postes allemandes avait acheté l’hôtel de la banque de France, rue des Parmentiers, pour y installer ses services.

Les écoles municipales et le collège saint Clément avaient rouvert en juin.

Les touristes commençaient à affluer à Metz pour visiter les champs de bataille. Les photographes de Metz leur vendaient des vues de ces endroits.

L’administration allemande avait rétabli des plantations sur les routes aboutissant à Metz.

Des soldats ne voulant pas le payer, avaient blessé à coups de sabre un loueur de bateaux, tué un de ses voisins et blessés plusieurs autres personnes. Le quartier Saint Marcel où ces faits s’étaient produits avait été pendant toute la nuit en proie à une vive émotion.

De même le garde champêtre de Longeville en service commandé, avait également été tué en franchissant un pont gardé par des prussiens.

Le 22 juillet une explosion avait eu lieu à l’atelier militaire de la place Saint Thiébault causant la mort d’un soldat.

Le chemin de fer n’était pas encore parfaitement réorganisé et les accidents étaient nombreux. Un déraillement avait eu lieu devant la gare de Devant les Ponts causant la mort de plusieurs prisonniers qu’on rapatriait et des blessures à un certain nombre de voyageurs.

Le 12 août un train de voyageurs arrivant en gare avait poussé un train de marchandises à l’arrêt. Celui-ci après avoir brisé la grande verrière avait traversé le jardin en culbutant, brisant tous les obstacles sur son passage.

Les derniers blessés français à Sainte Chrétienne étaient partis en août, à l’exception d’un jeune sous officier en voie de guérison mais qui n’était pas encore transportable. Celui-ci (blessé le 18 août 1870) avait quitté Metz dans le courant du mois d’octobre.

Un incendie avait détruit en décembre 1871 l’imprimerie de la rue des Clercs. C’était l’un des plus anciens établissements de la cité puisque son fondateur avait été Abraham Fabert. Il avait été perdu dans ce sinistre l’ancien pouillé du diocèse qu’on réimprimait.

Extrait de la chronique d’Henri Jeandelize

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